Billet intenporel...
J'adore les articles du Point sur la vie au travail. L’article du Point parle de ce qui est devenu le virus silencieux des mails pro qui sont les formules passives-agressives : ces tournures qui, sur le papier, semblent innocentes… mais qui, en creux, charrient du reproche, du “je suis agacé mais je ne le dis pas” ou du “j’attends que tu fasses mieux mais sans te l’exprimer directement”.
J'adore les articles du Point sur la vie au travail. L’article du Point parle de ce qui est devenu le virus silencieux des mails pro qui sont les formules passives-agressives : ces tournures qui, sur le papier, semblent innocentes… mais qui, en creux, charrient du reproche, du “je suis agacé mais je ne le dis pas” ou du “j’attends que tu fasses mieux mais sans te l’exprimer directement”.
Ce sont des phrases qui font mal parce qu’elles laissent deviner une tension et demandent au lecteur de deviner l’intention derrière.
Et comme souvent, je me suis reconnu. Pas comme victime. Comme un salarié qui reçoit pléthores de mails, et qui en reçoit des formules passives-agressives.
Ces phrases déplacent le conflit au lieu de l’assumer. Elles ne sont pas violentes, mais franchement fatigantes.
Listons la jolie liste du Point. De ces mots.
- “Sauf erreur de ma part” → classiquement utilisé pour pointer une erreur sans la nommer, et ça fuse direct comme une bombe à retardement.
- “Pour rappel” / “Comme dit précédemment” → ça peut se lire comme « j’exige que tu te rappelasses, parce que tu t’es planté ».
- “Merci de …” / “Merci d’avance” → ostensiblement poli, mais peut camoufler une attente ferme sans discuter.
- “Comme tu veux” / “Si tu veux” → qui ressemble à de la liberté mais est en réalité une façon de faire porter la responsabilité (et le blâme) à l’autre.
- “Ah” / “OK” tout court → souvent perçu comme un signe de désapprobation froide.
- “Je me permets…” → soit une excuse inutile, soit une façon de poser une exigence tout en faisant mine d’être humble.
Il n'y pas une phrase - un mot - de conclusion qui manque dans cet article. Et qui me casse les roues. "Cordialement". J'en ai fait un joli billet. Next.
Y a d'autres phrases passives agressives cité par le Point.
"On peut se parler deux minutes ?" → que cette phrase est faussement anodine, mais jamais neutre... Traduction possible selon le contexte :
- « J’ai un truc à te reprocher mais je ne veux pas l’écrire »
- « Prépare-toi, ça ne va pas être agréable »
- « Je te mets une petite pression en amont »
Ce qui fatigue, ce n’est pas la discussion. C’est l’anticipation anxieuse que cette phrase déclenche.
Deux minutes de parole pour celui qui te demande, c'est parfois deux heures de rumination avant. Et deux jours de ruminations après pour l'imbécile qui les a accordé, ces "deux minutes".
"les émojis" → arme à double tranchant, parfois carrément passif-agressive sous stéroïdes. Les exemples classiques :
- 🙂 après une phrase sèche → “je souris pendant que je te pique”
- 😉 → connivence forcée
- 😅 → je me défausse de la gêne sur toi
- 👍 seul → fin de non-recevoir polie
L’émoji peut adoucir… ou déresponsabiliser le propos.
Et surtout : quand une phrase a besoin d’un émoji pour ne pas être désagréable, c’est que la phrase est désagréable. C'est comme le "cordialement" après une phrase pas du tout cordiale. Tu me fais un clin d'oeil après m'avoir mis un coup de pied au cul. Je prends mal. .
La ponctuation : l’arme blanche du mail pro. La ponctuation ne sert plus seulement à structurer, elle signale une intention.
- Le point final → clôture, parfois froideur
- Les points de suspension… → sous-entendu, reproche latent
- Les majuscules → haussement de ton numérique
- Les phrases très courtes → autorité sèche
- Le point d’exclamation → injonction maquillée
- Le double point d’exclamation → agacement mal contenu
La ponctuation devient un langage émotionnel codé, et le lecteur passe plus de temps à décoder le ton qu’à comprendre le fond.
Sur le fond, c'est irritant cette communication passive - agressive. Elle appelle à
- Une surcharge cognitive (“qu’est-ce qu’elle veut dire ?”)
- Du flou hiérarchique
- De lâcheté organisationnelle
- Une peur du conflit direct
Dans le management (que je défendrai toujours), le passif-agressif est souvent le langage de ceux qui n’ont ni le temps, ni l’espace, ni l’autorisation d’être clairs.
Le problème du mail passif-agressif, ce n’est pas la méchanceté. C’est l’absence de courage relationnel.
Et à la longue, ça use plus sûrement qu’un conflit assumé.
Ce genre de tournures agit comme un micro-poison relationnel : on lit, on décode, on se demande ce qu’on veut vraiment nous dire, et cette incertitude épuisante. C’est exactement ce que l’article pointe : la bienveillance de façade masque souvent des attaques indirectes — et la résultante, c’est un climat qui s’envenime sans que personne n’ait osé dire les choses frontalement.
Cette interprétation permanente est épuisante.
Le “cordialement” n’est que la partie visible. Autour, il y a tout un vocabulaire feutré, poli, professionnel, mais souvent chargé de tensions qu’on n’ose pas nommer.
Donc oui cher lecteur, si tu te dis “tiens ça me rappelle une phrase que j'ai reçu”, c’est normal : dans des relations tendues, ces tournures ressortent comme une épine dans la semelle — On ne trébuche pas dessus. Mais on finit par boiter.😉👍 .
Ne parlons plus du cordialement ! 😉De toute manière, l’usage en fin de mail n’est pas français. Tout comme le double point d’exclamation.
RépondreSupprimerJ’utilise souvent les locutions que tu cites en exemple quand je rédige des mails. Par exemple, quand je dis « sauf erreur de ma part », il n’y a aucun mal. Je pense sincèrement que j’ai peut-être fait une boulette, pas vu un truc…
Ou : « merci d’avance » : mon merci est sincère et je n’aime pas écrire « s’il te plait ».
J’écris aussi « ah » ou « OK ». Ca veut dire « putain de bordel, j’aurais dû le savoir, que la honte soit sur moi ».
Par ailleurs, certaines injonctions sont nécessaires. « Je me permets de te rappeler que nous avons un engagement envers le client ». Le type qui n’a pas fait un truc sans formuler d’excuses valables nécessite une engueulade. On aurait pu écrire « espèce de connard, nous avons un contrat et ce que tu viens de faire est un prétexte, pour le client, pour le dénoncer. »
A force de mettre des pincettes tout le temps, on perd tout.
Cela ne m’empêche pas de bien comprendre ce que tu veux dire. Tiens ! Il va falloir que je mette des pincettes ce matin. Figure toi qu’un chef d’équipe s’est plaint, hier, à ma chef que je n’ai pas contacté un de ses gars. Déjà, c’est de la connerie : il aurait pu m’appeler, j’ai passé l’age des relances hiérarchiques.
Ce que j’aurais pu répondre à ma chef, c’est : « mais qu’est-ce qu’il vient me casser les couilles, ce connard ! On a au maximum deux heures de boulot et l’échéance est pour août. ».
Alors je vais l’appeler, lui dire qu’il a fait un excellent boulot jusqu’alors mais qu’il faut qu’on temporise pour avoir un retour forme des équipes informatiques et de celles qui gèrent les relations avec les clients…
Mais intérieurement, je maintiens mon « connard ! ».
"A force de mettre des pincettes tout le temps, on perd tout." --> tu as totalement raison et j'assume la mauvaise fois de mon mail.
SupprimerTu me donnes un exemple qui me rappelle un reproche qu'on m'avait fait : je dis souvent 's'il te plait" et "merci" ou "merci d'avance". Mon chef de l'époque me disait "arrête de dire merci à quelqu'un qui n'a encore rien fait", mais je suis vu comme en "gentil" (article sur la gentillesse en cours de rédaction)
Après, on a le droit d'être exigeant. le "je te rappelle que" qui est un vrai rappel est professionnel. Le "je te rappelle" un truc que tu n'as jamais dit est une technique de communication manipulatrice qui me casse les couilles (je réponds souvent : "je te rappelle qu'il faut que tu m'informes avec de me rappeler ce que j'aurais du savoir", mais ça énerve).
Merci de ton retour :) Cordia...
J'arrive à être vu à la fois comme gentil, bordélique mais exigeant... C'est le bonheur.
SupprimerUn jour j'atteindrai ton niveau :)
SupprimerJe suis assez alignée avec Nicolas.
RépondreSupprimerJe dis souvent "on peut se parler 2 minutes" de manière tout à fait neutre. Je ne peux pas être tenue responsable du fait qu'en face quelqu'un va peut-être se mettre à angoisser et psychoter en mode écorché vif sur ce que j'ai bien pu dire, surtout que je suis quelqu'un de direct, et en général bienveillante dans mes rapports humains, contrairement à ce que mes fulgurances et râleries de blog pourraient laisser supposer. Comme le dit Nicolas je ne vais pas en permanence marcher sur des oeufs en espérant n'avoir égratigné personne, surtout lorsque je suis sûre que ma communication est neutre et sans ambiguïté. Je comprends qu'on puisse parfois s'interroger sur la signification d'un phrase vague, peu claire ou maladroite, par contre si cela devient systématique, il y a un souci. Je ne suis pas responsable des insécurités que d'autres pourraient projeter à travers mes mots. Il n'y a pas nécessairement de sens caché ou de passif-agressif latent. Freud le disait: parfois, un verre est juste un verre, et non quelque projection fantasmée.
Une phrase qui a besoin d'un émoji pour ne pas être désagréable n'est pas forcément désagréable. L'écrit nous prive de toute la communication non verbale qui nous permet d'identifier les intentions de l'auteur. Il est alors bon d'indiquer ce que l'on veut vraiment dire pour éviter les malentendus.
Si j'écris: "là, tu exagères" sans emoji, il est légitime de penser que je suis fâchée. Par contre si j'écris; "là, tu exagères :o)" il est évident que c'est du second degré et que je suis en train de me marrer derrière mon écran. L'émoji était indispensable pour clarifier mon intention.
J'ai eu en son temps une collègue qui somatisait et cherchait des intentions cachées (inexistantes) dans tout ce que les gens disaient et écrivaient. Pas une fois de temps à autre quand elle s'était levée du mauvais pied, ce qui nous arrive à tous: non, c'était un mode de fonctionnement systématique et permanent. Après moultes discussions mettant bien à plat de manière empathique et bienveillante le fait qu'avec moi, il n'y avait pas de sous-titres cachés, j'ai fini par abandonner et me suis arrangée pour ne plus avoir trop de contacts avec cette personne. Etre sur-analysée en permanence par quelqu'un qui projette sur autrui des intentions cachées et forcément négatives...fuyons, MDR!
Juliette, j'aime beaucoup quand Nicolas, toi et d'autres frotter. J'ai fait un billet suite à un article du Point, et quelque part comme tu dis, si on passe notre temps à avoir de marcher sur des oeufs.
SupprimerPar contre une chose que j'ai vécu. Ma chef a voulu et on a eu hier la séance tripartite. Et ma chef a dit "mais quand je parle au Faucon, je fais gaffe pour ne pas le vexer". Je me suis tue, le coach a répondu à ma place "oui mais le Faucon n'a pas envie de vexer". Et moi de conclure "en fait tu es normale avec moi ?".
Juliette ton dernier paragraphe dit une chose importante : chercher des mauvais procès, c'est insupportable. Je déteste le procès d'intention. Je pars toujours du principe que j'ai en face une personne normale pas méchante et qu'on est des adultes.
Mais - expérience syndicale et humaine -, des fois on a face de nous des manipulateurs. Le mail est terrible car il laisse une trace. Comment y répondre ? Mais avant ça comment le prendre ?
Avec Nicolas vous avez raison sur le danger (la connerie) de la sur analyse. Je suis très principe d'Ockam.
J'aime ces articles du Point, mais j'aime aussi de me dire que une majorité de gens ne sont pas manipulateurs et sont normaux. Maladroit ? C'est autorisé.
Tu cites Freud mais je peux dire aussi que quand il pleut, je peux dire "il pleut" sans arrière pensée. Et que si dans une heure il fait chaud (humide), je peux dire "il fait chaud" mais il n'y a ni contradiction encore mon manipulation.
Par contre ton amie c'est difficile. En tant que DS, j'ai eu à calmer des interprétations débiles. Les accords Toltèques c'est bien mais quand y a crise c'est comme l'homéopathie devant une crise cardiaque.... Mais c'est important ce que tu dis.
Sur le "cordialement", il m'a tellement fait mal que j'ai une vision différente.
mais en fait je me rends compte d'une chose que m'a dit un chef "après un échange de mail, soit tu te déplaces sois tu téléphones".
En tous cas j'aime vos commentaires.
Si je dois dire ma pensée. Y a les gens sincères, les gens normaux, et les manipulateurs.
Je ne vais pas tomber dans le "c'était mieux avant", car l'email a beaucoup de côtés positifs, et ce type de communication m'a permis de travailler à distance pour une boîte américaine, avec la majorité de l'équipe + le manager basés aux USA. Je n'aurais jamais pu bénéficier de cette expérience avant tous les outils de télétravail sans aller vivre sur place.
SupprimerMais oui, je regrette souvent l'époque où on se voyait face à face et rien d'autre, avec l'accès au langage non verbal sans lequel beaucoup de malentendus sont possibles.
Je terminerai avec un mea culpa qui n'en est pas vraiment un, car j'assume ce comportement. Il y a la reine de toutes les formulations passives-agressives: la phrase qui commence par: "avec tout le respect que je vous dois..." Quand j'en arrive à sortir çà, tu peux être sûr que je vais balancer une salve de missiles juste derrière.
Donc d'ordinaire j'évite, mais il y a des cas où certains fâcheux ne l'ont pas volé, quand toutes les tentatives de comm non violente ont échoué.
Le mail est génial, mais il est aussi dangereux. Là on en vendredi soir, je viens de recevoir un mail de ma chef qui m'a mis hors de moi. Envoyer un mail détestable un vendredi soir à 17h... Heureusement que le N+2 m'a envoyé un mail sympa et motivant après.
SupprimerAprès le face à face a aussi des limites. Il faudra que j'écrive un billet sur comment réagir face à des gens qui transforment la réalité pour en faire leur vérité. Soit pour leur bien, soit de manière inconsciente, soit (pire) pour manipuler. Mais au final "avoir toujours raison" et ne jamais se remettre en cause.
Oh oui la phrase "avec tout le respect...". C'est du cordialement au carré.
Tu termines par de la communication non violente... Là c'est pareil, comment agir face à des gens qui te font faire des formations de communication non violentes, des PCM, des trucs comme ça. Et qui n'appliquent rien de ce qu'ils prétendent promouvoir ?
Ah ceux qui n'appliquent pas ce qu'ils prêchent, c'est la quadrature du cercle! Parfois il est impossible d'éviter de les fréquenter, surtout si c'est la hiérarchie. Comme toujours avec les gens toxiques il faut essayer (YAKA FOKON) de poser des limites claires, fermes et respectueuses montrant que l'on ne se comportera ni comme un paillasson, ni comme un rebelle qui rejette l'autorité. C'est plus facile à dire qu'à faire. J'ai un jour été dans une situation insolvable où j'ai fini par poser ma démission avec effet immédiat, il n'y avait plus aucun autre moyen de sortir du bourbier relationnel.
SupprimerJe suis en mode hamster qui tourne dans sa roue. Je crains que lors de mon entretien annuel, je mette ma n+1 devant ses posters des PCM et etc et lui demande "bon maintenant tu l'appliques comment, car on barre tous, on a des arrêts maladie". Et je tiens mais fffff...
SupprimerC'est une question "comment faire face à quelqu'un qui a toujours raison ?", un pouvoir, mais qui fout le bordel. De manière consciente ou pas, après à un moment on voit les dégats.
C'est vendredi soir. On verra ça lundi.