Affichage des articles dont le libellé est ami. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est ami. Afficher tous les articles

mercredi 13 mai 2026

Se voir transmettre de Gaulle par son ami, son maitre...

Il y a des cadeaux qui sont plus que des cadeaux. C'est une transmission

Ce soir, je suis passé voir mon ami. Mon médecin. Ancien maire de mon village d'enfance qui a donné mon pseudo.
C’est mon ami, et c’est mon maître, chanterait Serge Lama.

Deuxième père, depuis le temps. De ces hommes qui vous connaissent depuis longtemps, qui ont vu passer les saisons, les campagnes, les défaites, les enfants qui grandissent, les kilos qui montent ou descendent, les coups de fatigue, les coups de gueule.
Qui ont été présents quand j'ai eu la mort de proches. Et qui continue à me soigner

Il déménage et revient avec son épouse. Et dans ce mouvement de cartons, de livres, de papiers qu’on trie parce qu’une vie ça finit toujours par faire des piles, il m’a donné des livres. 
Parmi eux, des livres de sciences, de Luc Ferry, des livres sur l'espace, les planètes. 

Et surtout, des écrits originaux du général de Gaulle. Et il m’a dit simplement : « C’est à toi de les avoir. »

Il n’a pas fait de grande phrase. Il n’est pas de ceux qui sortent les violons. Pas le genre à dire “je t’aime bien Faucon” avec un trémolo dans la voix et un projecteur sur le visage. Non. Il donne des livres de De Gaulle.
Il ne me dira jamais qu'il m'aime, mais je sais. Et c'est réciproque.  Chez certains hommes, des actes valent plus qu'une déclaration.

Je suis sorti avec ces volumes comme on reçoit une charge. Pas un poids. Une charge au sens noble. Quelque chose qui se transmet. Une flamme, diraient les gens sérieux. Moi, j'aime l'objet qu'est le livre. 

Je pensais à ça en rentrant. À ce que ça veut dire, “c’est à toi de les avoir”.

Ce n’est pas seulement : “tiens, j’ai ça en double” ou “ça prendra moins de place chez toi que chez moi”. Non. C’est : “toi, tu comprendras”. C’est peut-être même : “toi, tu en feras quelque chose”. Où auraient ils fini ? 
Et ça m’a touché.

Parce que je suis dans une période où je ne me sens pas toujours très bien traité. Où le travail me laisse parfois un goût amer.
Où il faut apprendre à devenir tortue quand on a longtemps été nounours, et souvent un Hibou quand même. L'entreprise, grande classe maternelle d'adultes où il faut ranger ses élans, économiser sa lumière, ne pas répondre trop vite aux mails qui donnent envie de sortir l’artillerie lourde.

Et puis, au milieu de ça, un homme  vous tend De Gaulle. Il y a pire comme rappel à l’ordre.

Le général, lui aussi, a connu les traversées du désert. Bon, je ne suis pas De Gaulle — sans Colombey, mon chien noir n’a pas le même pedigree. Mais il y a dans cette transmission quelque chose qui remet debout.

Le 8 Mai, j’avais accompagné Falconette à la cérémonie. J’avais mon polo “Oser la France” de Julien Aubert. On a les fidélités qu’on a. Moi, j’ai celle-là.

Ce soir, mon docteur m’a transmis des livres.
Je ne sais pas s’il me considère comme un fils. Il a une fille. Il ne me dira jamais ce genre de choses. Et ce n’est pas grave. Certaines tendresses ne passent pas par les mots. Elles passent par un carton de livres, un regard, une phrase brève.

« C’est à toi de les avoir. ». Alors je les aurai. Et je les ai. 

Je les lirai lentement. Je les poserai dans ma bibliothèque. Je les regarderai certains soirs où l’époque me gonfle, où Marseille perd lamentablement, où le boulot ressemble à une réunion qui n’en finit pas, où je me demande encore pourquoi je continue à croire à des choses qui paraissent parfois bien fatiguées.
Et je me dirai que tout ne se perd pas.

Il reste des livres.
Il reste des transmissions.
Il reste des vieux maires, des médecins, des amis, qui savent à qui confier un morceau de mémoire.

Et peut-être que c’est ça, au fond, être gaulliste. Pas seulement citer l’Appel, faire le malin avec l’histoire, ou porter un polo bleu un 8 Mai.
C’est croire que certaines choses doivent être tenues.

Même doucement. Même fatigué. Même quand on a juste envie de jouer à Royal Match et de finir un Arran.

On tient. Je me serai compris (et c'est pas évident)

mercredi 1 avril 2026

Retraite et passage de relais

Hier celui qui m'a recruté dans l'institution où je suis est parti à la retraite.
 
Quand il m'a envoyé le message pour me dire "ça y est, libéré", les larmes ont été l'Ouvèze de Vaison la Romaine. Je suis heureux pour lui. Mais... Mais je ressens un vide. 

J'avais pleuré quand il a quitté le site où nous travaillons pour aller travailler en région parisienne, 2017. Il a été mon chef de projet pendant presque 10 ans et m'a appris beaucoup. 

Mais je prépare un billet sur "la reconnaissance au travail". Le Point a écrit un super article sur ce sujet. Cette bonne blague...

mon ancien chef et guide est arrivé à un bon niveau, un haut niveau. A un moment, il ne savait se mettre à genoux devant des gens qui ne le méritent pas mais dont certains à la légion d'honneur... On enlève le correcteur d'orthographe : il n'avait pas forcément envie de sucer des maches à couilles. 
C'est con. Il l'a payé. Professionnellement.

10 mois après mon mon embauche il nous avait invité, Falconette et moi, chez lui. Son épouse, ses trois enfants, dont une fille que j'adore. 
Et j'ai vu la bibliothèque. Du De Gaulle dans le texte et sa plume, et celle des autres. C'est un bordelais, enfant, le Général lui a touché le front.
Quand il habitait à Orange, on rigolait (jaune) sur les seconds tours. Barrage républicain entre FN ou extrême droite ? 

Il avait l'âge que j'ai aujourd'hui quand il m'a recruté. Je lui suis resté fidèle.  
Un jour il me dit "tu sais Faucon, j'ai pris une carte syndicale à la CFE/CGC...". Comme gêné. Je lui ai répondu "tu sais que là les positions s'inverse : je suis ton délégué syndical ?" :). Ca l'a fait rire. Je n'ai jamais été dans le prosélitysme, mais il est venu vers moi naturellement. Oui tout simplement nous avions la même piste d'atterrissage. En tous cas les mêmes valeurs. 

Je me rends compte que j'arrive en première ligne. Je "perds" dans la mélée un ami, mais il est toujours là. Il part à la retraite en excellente santé. Sans aigreur. 
Mais comme Sangoku quand il s'est fait exploser avec Cell, je suis maintenant Sangohan face aux menaces... Dans un environnement pas franchement rigolo... Le Dadaisme ou le suréalisme, ça peut être joli dans un musée. Dans le monde professionnel, ça rend fou. 

Ce soir je me sens vieux. 
Falconhill Jr a visité le lycée. Et mon ami, mon maitre, est parti à la retraite. Le temps passe...