Imaginons un instant le soutien d’un candidat important dire : « les chômeurs sont des nuisibles » ou « les petits délinquants des banlieues sont des nuisibles ».
J’imagine assez bien la levée de boucliers. Et elle serait légitime.
Le mot "nuisible" est lourd. Chargé. Violent.
Il ne désigne pas un adversaire, il désigne quelque chose qu’il faudrait éliminer.
Par contre, quand l’extrême gauche explique tranquillement que “les milliardaires sont des nuisibles”, là, étrangement, le débat devient possible.
On nuance. On contextualise. On explique presque que ce n’est pas si grave. On en débat.
Débattrions-nous si un candidat disait "les immigrés sont nuisibles" ?
Moi, je trouve ça très grave.
Non pas parce qu’il serait interdit de critiquer les riches, les puissants ou les privilégiés. Mais parce qu’à partir du moment où l’on commence à qualifier une catégorie de personnes de “nuisible”, on ne fait plus de politique. On commence à déshumaniser.
Et c’est là que cela m’inquiète.
Car derrière ce mot, il y a plus qu’une outrance de tribune ou une petite phrase de meeting. Il y a une manière de voir le monde : non plus des adversaires à combattre, mais des gens à disqualifier moralement avant de les exclure symboliquement.
Et l’on voit bien, depuis plusieurs années, que cette gauche radicale (LFIste) ne s’arrête pas aux mots.
Il y a la violence rhétorique sur les réseaux sociaux. Il y a la complaisance envers les intimidations, la violence (Lyon…). Il y a cette manière de faire du désaccord non pas une discussion, mais une faute.
J'ai entendu des choses délirantes aux universités d'été de LFI. Si leurs adversaires gagnent, il faudra désobéir, mais que si eux arrivent au pouvoir, il faudra s’aligner. Drôle ferveur démocratique...
Quel rapport inquiétant au pouvoir.
Mélenchon hurlait que les préfets devraient prêter allégeance. Mais ils sont déjà aux ordres de la République. Pas aux ordres d'un parti politique ou d'un responsable politique.
Et les fonctionnaires n’ont pas à être aux ordres d’un parti, d’une colère, ou d’une idéologie.
On me dira que j’exagère. Peut-être. Mais il y a des mots qui révèlent plus qu’ils ne croient.
Et traiter une catégorie humaine de “nuisible” dit quelque chose de profond : une tentation de brutalité politique, une facilité à sortir du cadre républicain, et une incapacité croissante à considérer l’autre autrement que comme un obstacle.
Tout cela me fait repenser à Thierry Le Luron.
C'est d'ailleurs par lui que j'avais découvert Serge Lama et Souvenirs, attention danger. Le gaulliste Le Luron y caricaturait Jean-Marie Le Pen, ce « menhir blond comme les blés» entouré de crânes rasés, mais derrière la parodie il y avait quelque chose de beaucoup moins drôle. "De Calcuta comme à Moscou les extrême ne survivent que par les coups qu'ils assènent. Je ne veux de ton état milicé, souvenirs attention danger".
Il y avait chez lui la peur des extrêmes, de leurs milices, de la violence politique et de ce qu'elle peut produire lorsqu'elle devient normale.
Il parlait d'une « nation milicée » et lançait ce « souvenirs, attention danger » qui me revient aujourd'hui.
À l'époque, le danger qu'il montrait avait les cheveux blonds et venait de l'extrême droite. Je n'ai aucune difficulté à reconnaître ce danger-là chez LFI, qui sa propre milice dans la rue ou les réseaux sociaux (avec un chef d'une faction violente qui est élu député d'Avignon). Je refuse qu'on devienne aveugle lorsque le danger vient de l'autre côté.
Les époques changent. Les extrêmes aussi. Le danger de la démesure politique, lui, ne change pas beaucoup.
Je ne sais pas où tout cela nous mène. Mais cette rentrée politique m'inquiète. Peut-être que j'exagère. Je l'espère presque
Et oui : cette gauche radicale me fait peur. Et quand j’entends ce vocabulaire, je finis par me demander quelle place aurait, dans leur société idéale, quelqu’un comme moi : cadre, père de famille, chrétien, qui travaille et vote à droite. C’est une question que je n’aurais jamais pensé me poser.
Bon, j'ai dit toute la peur que j'ai de LFI. Edouard Philippe a parlé des "opens bar des arrêts maladie", j'aurais aussi à lui répondre.
Cette rentrée politique ne brille pas par son intelligence. Et 2027 me fait très peur...

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