Un jour, au jeune ingénieur que j’étais, mon chef m’a dit cette phrase :
« tu sais Faucon, il y a deux possibilités.
La première est que la société s’adapte à toi. On peut commencer à mettre la montre en route mais ça va être long…
La deuxième est que tu t’adaptes à la société. Ca sera plus rapide mais tu auras des efforts à faire ».
J’avais 25 ans, j’en ai bientôt 49. Ce chef est maintenant un de mes plus proches amis. Nous fêtions les 70 ans de son épouse cet été. Cette phrase, comme pleines d'autres où il mettait en avant mes défauts et mes erreurs avec une bienveillance incroyable, je la ressort souvent.
Je pourrais parler de cet ami qui est mon maitre, mais ce n’est pas l’objet de ce billet.
J’aurais pu mettre comme titre « qu’est-ce qu’être salarié ? ». Les droits, les devoirs. Ce contrat de travail, qui ne fait que très peu de pages. Mais qui induit que l’on doit produire un travail pour la société qui nous emploie, et que cela passe notamment par une relation hiérarchique avec un N+1. Si la relation est fluide, si en plus il peut y avoir de l'amitié, du respect, de l'affection, on peut faire des choses très dures et très fortes.
Si la relation est froide, sans confiance, on peut produire. C’est juste plus dur. Mais nous devons faire le boulot.
J’ai été manager. Mon défaut : celui de ne pas savoir manager mon management. Et avoir du mal à relayer des injonctions qui étaient hors de mes valeurs, ou que je trouvais conne. Mais un autre manager m’a dit « manager, ce n’est pas convaincre. Tu n’es pas en politique. Manager, c’est faire faire. Si tu peux le faire en donnant du sens et en expliquant le pourquoi, ne te demande pas si ton équipe valide. Ils comprendront ».
Et peut-être que mes difficultés avec la hiérarchie viennent aussi de la manière dont je réagis lorsqu'une difficulté arrive.
Et là j’en viens à l’image de ce billet. Ma lecture personne de la triade Horney. La posture face à un aléa, la difficulté.
- Beaucoup foncent, sont dans la réalisation : ils cherchent le quoi,
- Pas mal se posent, s’interrogent sur la meilleure manière de faire : ils cherchent le comment,
- Certains, comme moi, prenent du recul, du retrait : ils cherchent le pourquoi.
Les trois fonctionnent dans une boite. J’ai compris que je suis dans la troisième posture. Peut être pas la plus sexy en entreprise, mais c'est la mienne.
Une autre histoire.
Un collègue qui m’a beaucoup appris m’a dit qu’il avait postulé à un poste de responsable de production. Il n’a pas été pris et l’explication RH lui a été limpide aujourd’hui (moins à l’époque) : « Tu vas être responsable de la production de produits, dans un cadre hiérarchique. Tu devras produire du quoi. Le « comment », des ingénieurs procédés, méthodes, R&D, ont défini. Le pourquoi, on s’en fout. Es tu capable de travailler dans une structure et de faire appliquer la création sans t’interroger sur le comment et le pourquoi ? ».
Lui avait compris après coup qu'on lui demandait d'être rouge. Moi, je comprends aujourd'hui que je reste désespérément vert.
Ce billet n’aura pas vraiment de conclusion.
Aujourd'hui, je fais des choses qui me mettent parfois en conflit de valeurs. Et certaines relations professionnelles me coûtent beaucoup plus qu'elles ne devraient. Il suffit parfois qu'un nom s'affiche dans ma boîte mail ou sur Skype pour que mon ventre me rappelle qu'il a, lui aussi, un avis sur le management.
Je suis content du télétravail : je peux me poser pour du pourquoi. Et laisser décanter pour avoir un « quoi » de qualité. Ca fait plus vin de garde et moins primeur, mais je ne suis pas dans le quoi immédiat.
Suis-je manageable ? C’est une question qui se pose.
Ou plutôt une autre question : Comment reste-t-on un bon salarié quand on a besoin de comprendre le pourquoi, dans une organisation qui attend parfois simplement qu'on produise le quoi ? Quelqu’un m’a dit que j’avais un profil d’enseignant chercheur, ce qui n’est pas facilement manageable pour certains.
Ce billet est une réflexion sur le travail. Juliette avait parlé du plan B. Aurais je le courage de laisser tomber le confort d’une grosse boite qui verse un virement tous les mois ? Et pour quoi faire, moi qui n’ai aucun % de rouge PCM (entrepreneur) dans mon profil ?
Etre vert, ça fait un peu martien pour ceux qui ne le sont pas. Mais on le vit bien…
C’était un billet de vie professionnelle.

Personnellement je suis très "rouge", ce qui ne veut pas dire que je suis imperméable au "comment" et au "pourquoi". Je ne suis pas en mesure d'être conseillère emploi ou psychologue d'entreprise, mais ce que je peux dire c'est que les profils "verts-pourquoi" s'épanouissent très bien dans les postes d'Assurance Qualité, surtout lorsqu'ils ont derrière eux une solide expérience technique. Pour faire des analyses de causes racines (root cause analysis) et du management prédictif de risque, avoir beaucoup de "vert" est presque un prérequis, cette façon d'être et tournure d'esprit est l'essence du job.
RépondreSupprimerEt si je peux me permettre une remarque un peu moins neutre....aucun chèque de fin de mois, si gros soit-il, ne vaut de mettre en danger sa santé mentale. Jamais.
Juliette, de nos discussions tu es rouge PCM Horney Disc, et c'est très bien. J'ai appris un nouveau modèle qui est super dans un collectif. Le Leonardo. En fait, il faut des rouge bleu et bert Horney dans un collectif. Il faut des empathiques, des leaders, et des analyseurs.
SupprimerIl faut de tout.
Etre vert est génial. Je pense que j'étais plus Juppé que Chirac, Gémini Cricket j'aime bien.
Enfin oui, le chèque ne se gagne au péril de n'importe quoi. Je te rassure, mais aussi et ça fera l'objet d'un billet.
Je suis vert Horney, donc toujours en réflexion. C'est un peu un mélange HPI TDH. Léonardo m'a montré un autre modèle : qui marche sur un collectif.
Après oui, je me protège. Mais je me protège car tous les modèles de personnalités mettent en avant quelque chose : je me consume. Le modèle leader est moins fatiguant.Je comprends que je n'arriverai pas au niveau 4 du Burn out, car je suis épuisé avant.
Et ? Pas grave. Je vis avec.
Merci Juliette
Je ne connais pas le modèle Leonardo, tu as des liens vers des sites qui en parlent? Comme tu le sais ces choses m'intéressent.
SupprimerJ'ai connu des gens qui sont tombés en burnout. Je l'ai frôlé moi-même il y a bien des années. Je sais qu'un des signes avant coureurs types est: c'est désagréable mais je vis avec. Je ne sais pas combien de fois j'ai entendu cette petite phrase. Ensuite vient le: je suis dans une mauvaise situation, mais je ne peux rien lâcher. Et souvent, le dernier stade devient: je n'écoute pas les signaux de mon corps qui hurle des avertissements, ni les conseils des amis, ni souvent ceux de mon médecin. Cà ira parce que ça doit. A ce stade on n'est plus sur le chemin du burnout mais sur une autoroute à 3 bandes, voie rapide, une seule sortie à l'horizon: celle du crash.
Je ne fais que dire ce que j'ai vécu et observé, je ne suis pas là pour me poser en donneuse de leçons ou conseillère psy. Après...les gens font ce qu'ils veulent, et ce qu'ils peuvent.
J'aime bien ce modèle : autant le PCM se centre sur nous, le Leonardo nous met dans un collectif. C'est un MBTI européen et j'ai bien envie de le développer. Là où je bosse, je traverse une tornade où j'aurais un peu de mal à poser quelque chose.
SupprimerJ'ai bien noté ton alerte. TU n'es pas donneuse de leçons : quelqu'un m'a dit "reprends ta casquette d'ancien délégué syndical et copie colle ta situation sur quelqu'un d'autre, que lui dirais tu ?". C'est l'autoroute 3 bandes que l'on prend à contre sens.
Hier le billet de 50 € que j'ai fait tomber de ma poche...
Oui, tu as raison. SI quelqu'un venait me voir, y a toutes les phrases d'alerte :)